Paris contre Province : quand les vieux clivages refont surface avec le retour des beaux jours

À l’heure où le respect du confinement demande des sacrifices de la part de tous, le retour de la question sociale et l’exacerbation du sentiment d’injustice, fondé ou non, lié à des inégalités plus visibles ne pourra pas être ignoré comme déterminant de son acceptabilité.
paris contre province : quand les vieux clivages refont surface avec le retour des beaux jours

Il y avait eu les images de Parisiens se prélassant sur les bords de Seine, qui auraient décidé l’Elysée à confiner toute la France. Celles des voyageurs se pressant à la gare Montparnasse, des passants faisant leur marché dans les rues de Paris, puis, celles, trompeuses, du kilomètre d’embouteillage sur le périphérique au premier jour des vacances de Pâques. Et voici que chaque week-end suscite désormais son lot d’images de badauds prenant le soleil dans les derniers espaces verts encore ouverts et flânant sur les promenades courues de la capitale. Des images vues et partagées des centaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux, que les pouvoirs publics sont à chaque fois sommés de commenter : les Parisiens « irresponsables », quoique munis de leurs attestations en règle, se seraient-ils « relâchés » ? Dans le même temps, des publications virales dénoncent un deux poids deux mesures du confinement entre quartiers populaires et quartiers aisés, opposant Hlm et résidences secondaires.

Sous le vernis à peine sec de l’union sacrée, les vieilles lignes de fracture, à peine recouvertes, n’en finissent pas de remonter à la surface. Le départ d’1,2 million de Franciliens (17% de la population du Grand Paris selon Orange) hors de la région parisienne avait déjà suscité de nombreux remous – notamment en Province, et plus particulièrement dans les communes qui accueillent un grand nombre d’estivants. Qu’importe que le phénomène ait été connu également dans les autres grandes villes de l’Hexagone, et que celui-ci ait sans doute aussi concerné les étudiants et les jeunes travailleurs de la capitale que rien ne retenait à Paris. Qu’importe aussi que les images aériennes de la capitale montrant des rues désertes, indiquent un respect global des mesures de lutte contre la propagation du virus malgré les petites surfaces de la plupart des logements, qui rendent le confinement d’autant plus pénible pour ceux qui y résident. L’image du Parisien aisé fuyant la capitale, ou disposant d’une certaine tolérance de la part des pouvoirs publics du fait de sa proximité avec les lieux de pouvoir, réactive de vieux réflexes bien ancrés dans l’inconscient collectif, qui s’étaient déjà faits jour au moment des « Gilets jaunes ».

Des week-ends ensoleillés, il y en aura encore sûrement beaucoup avant que les Français puissent sortir librement de chez eux. A l’heure où le respect du confinement demande des sacrifices de la part de tous, le retour de la question sociale et l’exacerbation du sentiment d’injustice, fondé ou non, lié à des inégalités plus visibles ne pourra pas être ignoré comme déterminant de son acceptabilité.

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