Quand le New York Times se prend les pieds dans les ficelles rhétoriques de la pensée alternative

En quelques paragraphes, les journalistes ayant commis cet article se sont fait les dignes épigones des hérauts de certains travers du net, en proposant une analyse causale de l’advocacy trumpienne
quand le new york times se prend les pieds dans les ficelles rhetoriques de la pensee alternative

Dans un article publié hier, le New York Times est revenu sur l’obsession et le militantisme de Donald Trump en faveur de l’utilisation de l’hydroxychloroquine. Un traitement qui divise la communauté scientifique et au sujet duquel Anthony Fauci, éminent immunologiste américain, directeur de l’Institut national des maladies infectieuses et chargé de conseiller Donald Trump sur l’épidémie, ne cache pas ses réserves.

Le quotidien souligne notamment que Donald Trump a, à plusieurs reprises, promu de manière “agressive” et somme toute théâtrale l’utilisation de l’anti-paludique. Une promotion qui s’est notamment faite au nom d’une supposée supériorité du bon sens, dont on peut douter que la définition de Trump s’inscrive dans la lignée du Descartes des méditations métaphysiques.

À maints égards, et cela ne manque pas d’étonner et de questionner sur les mouvements de plaques tectoniques induits par la crise sanitaire présente, les déclarations de Donald Trump ne vont pas sans résonner avec la manière dont tout une partie de la controverse autour de la chloroquine s’est nouée en France. Pourtant, et cela est somme toute assez rare pour être souligné, Donald Trump apparaît pour une fois comme une victime dans cette affaire.

Non pas une victime des “fake news média”, comme ce dernier se plaît à qualifier le Quatrième pouvoir, mais d’une publication pour le moins spécieuse du New York Times. En quelques paragraphes, les journalistes ayant commis cet article se sont fait les dignes épigones des hérauts de certains travers du net, en proposant une analyse causale de l’advocacy trumpienne. Donald Trump ayant des actions chez Sanofi, il serait d’autant plus enclin à promouvoir l’hydroxychloroquine, que l’on retrouve dans le Plaquenil, produit par Sanofi. CQFD et Deus ex machina.

Or, et si l’on en croit Frédéric Bianchi, journaliste économique à BFM TV, en 2016 Trump détenait moins de 100K$ d’un fonds, lui-même actionnaire de Sanofi. Un somme bien dérisoire, dont on peut douter qu’elle permette au déjà milliardaire d’accroître sa fortune en cas de ruée vers le Plaquenil. À bien des égards, cette information, et nous nous garderons bien de faire un usage excessif du vocable de fake news, n’est pas sans entrer en résonance avec certaines fausses nouvelles, rumeurs et autres bobards qui circulent depuis maintenant plusieurs semaines sur les réseaux sociaux. Et l’on pense ici aux rumeurs entourant le laboratoire P4, d’où aurait prétendument été créé ex nihilo le virus, et auquel Agnès Buzyn et son mari seraient associés. De même que le COVID-19, comme la peste en son temps, n’épargne ni les riches, ni les pauvres, et ne semble guère faire de cas des distinctions sociales, le virus des fausses nouvelles, indistinctement se retrouve dans d’obscures plateformes et dans les colonnes de prestigieux quotidiens internationaux.

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