Le “jour d’après” sera-t-il pire qu’hier ? Quand les contestataires renouent avec l’art de la dystopie

Cette vision irénique la dispute à une autre, toute aussi politique, qui décrit l’avènement d’un monde totalitaire, dans lequel la technologie ne serait plus salvatrice mais instaurerait une surveillance généralisée de la population.
le “jour d’apres” sera-t-il pire qu’hier ? quand les contestataires renouent avec l’art de la dystopie

Il y a d’une part les images positives associées au « fameux jour d’après » : les retrouvailles entre proches, la reprise de la vie normale et toutes les grandes espérances de l’après-pandémie, couvées depuis plus d’un mois de confinement, et qui s’autorisent désormais à s’exprimer. Le monde serait alors plus solidaire et plus connecté, plus humain et plus humble, capable, enfin, de faire face à de futurs défis comme le réchauffement climatique grâce à la science, à l’entraide et à la technologie.

Cette vision irénique la dispute à une autre, toute aussi politique, qui décrit l’avènement d’un monde totalitaire, dans lequel la technologie ne serait plus salvatrice mais instaurerait une surveillance généralisée de la population. Cette dystopie, partagée par de nombreux courants d’idées, de l’extrême-droite à l’extrême-gauche, en passant par les mouvances libérales et libertaires, se voit nourrie par les débats autour de l’application Stop-Covid, par les commandes de drones de surveillance du ministère de l’Intérieur ou encore par le déploiement des forces de l’ordre à des fins de contrôle. Dans ces sphères militantes, les faits et les images qui donnent corps à cette vision s’échangent et se diffusent à toute vitesse sur les réseaux sociaux. Une vidéo d’un drone survolant la commune de Villeneuve-sur-Lot (20 000 habitants) mise en ligne par une journaliste de Sud-Ouest a été vue plus de 40 000 fois en l’espace de 24 heures, se trouvant qualifiée de « carte postale totalitaire du futur », et présentée comme la preuve d’une généralisation des techniques de surveillance aux petites villes de Province. Autres éléments discursifs récurrents : les références à 1984 se multiplient, les critiques à l’égard des montants investis pour le maintien de l’ordre au détriment des budgets de la santé font florès, quand l’attestation dérogatoire de déplacement est présentée dans certains groupes militants comme l’expression d’une volonté de contrôle social accru de la part de l’Etat, et la preuve de son éloignement des principes démocratiques. Ces accusations, déjà brandies lors du vote de l’ état d’urgence sanitaire par le Parlement, voient aussi se mobiliser les mêmes sphères que celles qui critiquaient les violences policières au moment des « Gilets jaunes », y voyant une dérive autoritaire de l’Etat. Et qui présentent cette nouvelle séquence dans la continuité de la « répression » du mouvement social de novembre 2018.

Ce sentiment se trouve d’autant plus renforcé que les moyens d’exercice habituels de la contestation (réunions physiques, manifestations ou encore occupations) sont rendus impossible du fait des circonstances. Les accusations de manque de transparence à l’égard du gouvernement, et la multiplication des actes de délation entre citoyens participent au sentiment d’un délitement de la démocratie, qui n’est pas qu’un régime mais aussi une forme de sociabilité comme l’avait noté Tocqueville en son temps. Des angoisses qui sont de nature à creuser la défiance dans l’opinion au-delà des sphères militantes adeptes de ces grilles de lecture dystopiques.

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