Le symptôme Coluche

Alors que le niveau d’impopularité de l’exécutif s’est accru durant le confinement (pénuries successives de masques, de gel et de surblouses, politiques passées en matière de santé publique, revirements en termes de communication), que les dissensions au sommet de l’Etat se sont avivées sur plusieurs sujets sensibles et que l’exécutif est sommé par certains acteurs de la vie politique de rendre des comptes sur ses choix de gestion de crise, notamment au plan judiciaire, la vie politique française semble au bord de l’implosion encore plus qu’en 2017, après la défaite de ses deux grands partis de gouvernement.
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La crise sanitaire aura-t-elle constitué la phase terminale de nos institutions ? Alors que le niveau d’impopularité de l’exécutif s’est accru durant le confinement (pénuries successives de masques, de gel et de surblouses, politiques passées en matière de santé publique, revirements en termes de communication), que les dissensions au sommet de l’Etat se sont avivées sur plusieurs sujets sensibles et que l’exécutif est sommé par certains acteurs de la vie politique de rendre des comptes sur ses choix de gestion de crise, notamment au plan judiciaire, la vie politique française semble au bord de l’implosion encore plus qu’en 2017, après la défaite de ses deux grands partis de gouvernement.

Un article du Journal du Dimanche affirmait ce week-end que l’Elysée craignait l’émergence d’une candidature alternative, portée par un « outsider », capable de fédérer les mécontents de l’extrême-droite et de l’extrême-gauche. Une inquiétude qui aurait conduit Emmanuel Macron à appeler l’humoriste Jean-Marie Bigard, présenté comme un concurrent sérieux de l’actuel locataire du 55 rue du Faubourg Saint-Honoré, pour discuter avec lui de la réouverture des débits de boisson. Une manière, selon le JDD, de démonétiser ce candidat potentiel auprès de foules contestataires opposées à toute compromission avec le « système ».

Quelques jours après cette conversation téléphonique, le même humoriste affirme désormais sur BFM TV considérer une éventuelle candidature à l’élection présidentielle en 2022 – signe d’une réussite plus que relative de cette tentative de récupération. Parallèlement, le magazine Capital annonce que les avocats de l’animateur Cyril Hanouna auraient, pour leur part, déposé la marque « Hanouna 2022 » à l’INPI – alors que celui-ci entretient le doute sur ses intentions politiques.

Ces candidatures potentielles évoquent pour certains la démarche de Coluche en 1986 (une référence pour de nombreux gilets jaunes qui l’opposent aux politiciens de profession, forcément véreux et loin du peuple) ou encore la trajectoire de l’ancien comique Beppe Grillo en Italie et de son Mouvement 5 étoiles. Ces figures clownesques, incarnent une forme de valeur refuge en temps de crise pour les déçus de tout bord, qui opposent la franchise de ces figures, souvent très crues, aux circonvolutions d’un langage politique jugé indigne de confiance.

D’une certaine manière, elle incarne également le refus de certaines franges de la population de continuer à prendre au sérieux leurs dirigeants – et constituent un symptôme patent de décomposition de la vie politique. Un processus qui paraît désormais s’accélérer, et qui révèle en creux l’ampleur de la défiance dans l’opinion publique au terme de ces semaines de confinement.

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